Ce soir, nous faisons part du message de la journaliste Iulia Badea-Guéritée qui, écrivant pour Courrier international, a préparé un dossier extrêmement riche sur les Roms dans le numéro 1197, d'octobre dernier. A la veille de son arrivée à Bordeaux pour la conférence du 22 Janvier prochain, elle nous livre les raisons qui l'ont détérminée à travailler sur ce sujet et nous offre un aperçu de son expérience avec la communauté rome. Voici ce qu'elle écrit:

"Dans un monde fou et un pays merveilleux, mais qui se fait parfois coupable de trop de fierté et d'incompréhension, j'ai la chance de pouvoir exercer le plus beau métier du monde: le journalisme. Qui plus est, dans la rédaction d'un journal mythique, que j'utilisais jadis dans les travaux écrits de sociologie, à l'université de Brasov, en Transylvaine.

Je vis en France depuis 14 ans, et, si je ne suis pas moi même Rom, je sais ce que cela signifie: j'ai été maintes fois dans la peau d'une Rom, jouant avec mes amies Rom dans la cour de l'école, plus tard, jouant au football avec mes amis Roms, admirant leurs maisons à étage, dans le village de ma grand-mère, puis ici, en France, quand longtemps j'ai été assimilée avec les Roms.

Tous les Roumains sont des Roms a été un dicton qui m'a longtemps accompagné dans ma vie, sans que je sache exactement si finalement il s'agissait d'une insulte ou d'un compliment. Comme parmi tous les peuples il y a des bons et des mauvais, parmi les Roms aussi il y a des bons et des mauvais. Ou plutôt, des gens avec qui on discute plus facilement et des gens avec qui il faut prendre et se donner le temps de changer les choses. J'ai une amie Rom qui m'a beaucoup appris. Surtout, à ne pas se laisser abattre, quoiqu'il arrive. C'est ce que j'ai essayé à faire: en arrivant au bureau de Courrier International, le premier jour de travail, quand une collègue s'étonnait du fait que je ne ressemble pas à un Rom malgré le fait qu'elle sait que tous les Roumains sont Roms, devant les préjugés, en face de l'incompréhension, ou, au fil du temps, quand j'ai du faire fléchir les idées préfabriquées de mes collègues, de mes chefs...de mes proches.

Si je suis en train de me préparer pour venir à Bordeaux c'est parce que le sujet Rom m'est collé à peau un peu sans que je le voie venir et il m'en est resté. Parce que je crois qu'en discutant, en montrant, par le pouvoir de l'exemple et du dialogue, entre nous, entre eux, entre nous et eux, nous pouvons changer les choses. Tuer la méfiance. Favoriser le rapprochement."